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Retour au volcan Arenal en 2024 : quatorze ans après la dernière éruption

Retour au volcan Arenal en 2024 : quatorze ans après la dernière éruption

De retour au volcan où tout a commencé

L’éruption du 29 juillet 1968 a fait 87 victimes, détruit le village de Tabacón et bouleversé la façon dont le Costa Rica gère le risque volcanique. L’éruption de 2010, une phase effusive plus modeste et durable, a été la dernière au cours de laquelle l’Arenal a produit des coulées de lave notables. Quarante-deux ans après cette accalmie, nous avons repris la route de La Fortuna.

Nous étions déjà venus de nombreuses fois à l’Arenal depuis notre première visite en 2018. Ce que nous n’avions jamais fait, c’était de considérer un retour comme l’objet même du voyage, c’est-à-dire comme une observation délibérée de l’évolution du paysage, de la ville, de l’expérience touristique et de l’histoire de la conservation. Avril 2024, quatorze ans après l’arrêt des coulées de lave, nous a semblé le bon moment.

OùLa Fortuna, province d’Alajuela, base pour le volcan Arenal
StatutEn phase de repos depuis 2010, sous surveillance, pas d’éruption en cours
Meilleure vue sur le côneVers 7 h, avant que les nuages de l’après-midi ne s’installent
Point fort fauneSinges hurleurs et grenouilles de verre de retour dans la zone de régénération
À lire aussiGuide du parc national du volcan Arenal

Ce que la forêt a accompli

Ce qui frappe le plus à l’Arenal en 2024, par rapport aux photographies des années 1990 et du début des années 2000, c’est la végétation. L’éruption de 1968 avait rasé une vaste zone de forêt primaire sur les flancs sud et ouest du cône. Pendant la période d’activité, de 1968 à 2010 environ, cette zone est restée en grande partie nue : un paysage de coulées de lave durcies, de dépôts de téphra et de végétation pionnière clairsemée, qui donnait de superbes photographies mais abritait très peu de biodiversité.

Quatorze ans après la dernière activité notable, la régénération est remarquable. Une forêt secondaire, haute et dense, avec une canopée fermée par endroits, recouvre désormais l’essentiel des zones encore dégagées en 2010. La succession écologique est rapide au regard de ce qu’on observe habituellement après un épisode volcanique : les oiseaux ont apporté les graines, les précipitations régulières de la région de l’Arenal (l’une des plus arrosées du Costa Rica, hors Osa) ont favorisé une germination rapide, et l’absence de bétail et d’agriculture sur les flancs protégés a permis à la succession de se dérouler sans interruption.

La zone d’éruption de 1968 sur le versant sud, dans la direction qu’a prise l’explosion initiale, reste visible depuis la route principale sous la forme d’une bande distincte de végétation plus jeune : les arbres y sont plus petits, la canopée plus basse, la composition des espèces différente de celle de la forêt mature en limite du parc. Un œil exercé peut encore lire l’événement de 1968 dans le paysage. Mais il faut désormais de l’entraînement ; en 2005, impossible de le manquer.

Pour situer l’Arenal par rapport aux autres paysages volcaniques du Costa Rica, notre guide des meilleurs volcans du Costa Rica présente le Poás, l’Irazú et le Rincón de la Vieja, chacun en train de se remettre d’un type d’activité différent, selon un calendrier différent.

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Ce que disent les guides de la phase de repos

Nous avons passé une matinée avec l’un des guides certifiés en géologie volcanique de La Fortuna, un jeune homme issu d’une famille installée dans la vallée depuis trois générations, qui avait appris son métier auprès d’un scientifique de l’OVSICORI (l’observatoire volcanologique du Costa Rica) qui surveillait le volcan depuis les années 1980.

Son explication de la notion de « phase de repos » était plus nuancée que ce que suggère la plupart de la littérature touristique. Le mot « repos » laisse croire à une dormance, à un volcan qui s’est tu et pourrait le rester indéfiniment. Il est plus juste de dire, selon lui, que l’Arenal reste un système volcanique actif dont la manifestation en surface a temporairement changé. La chambre magmatique sous le volcan n’a pas disparu ; le conduit qui la reliait à la surface est simplement moins ouvert qu’avant. L’OVSICORI enregistre une activité sismique persistante sous la montagne (de petits séismes qui confirment la poursuite de processus magmatiques), et les fumerolles du haut du cône émettent toujours du gaz (le dioxyde de soufre est mesurable) et de la vapeur.

L’observatoire juge faible la probabilité d’une reprise éruptive au cours d’une année donnée. Sur le siècle à venir, elle est à ses yeux élevée. L’Arenal est un jeune stratovolcan, formé il y a moins de 7 000 ans, et les jeunes stratovolcans fonctionnent par cycles. La période 1968-2010 en a été un. Un autre viendra, à une échéance que la volcanologie ne sait pas prédire avec précision.

Ces informations ne rendent pas une visite de l’Arenal plus dangereuse. Les dispositifs de surveillance en place (sismographes, inclinomètres satellitaires, capteurs de gaz) sont assez sophistiqués pour donner l’alerte en cas de reprise d’une activité importante. La zone d’exclusion autour du haut du cône reste en vigueur.

Elles replacent en revanche l’idée de « volcan endormi » dans un cadre plus exact : c’est un volcan en phase calme, surveillé de près, et toujours vivant.

La ville en 2024

La Fortuna s’est énormément développée depuis notre première visite. La succession d’hôtels, de restaurants, d’agences d’excursions et de boutiques de souvenirs le long de la route principale s’étire désormais sur plusieurs kilomètres, alors qu’en 2018 elle faisait la moitié de cette longueur.

Cette croissance n’a pas vraiment rendu La Fortuna moins agréable, mais elle en a changé le caractère. À cette échelle, les meilleures expériences demandent un choix plus réfléchi. Les ponts suspendus de Místico restent excellents. Les sources chaudes vont de vraiment bonnes (Eco Termales, les bassins thermaux de La Fortuna) à proches du parc d’attractions (Baldí, Titokú). Le sentier Arenal 1968 du parc, qui traverse le plus ancien champ de lave et mène jusqu’à la limite des coulées les plus récentes, reste l’expérience volcanique la plus authentique.

Les opérateurs d’excursions au volcan ont eux aussi gagné en maturité. Les guides rencontrés en 2024 étaient, en moyenne, mieux formés et plus au fait des connaissances scientifiques que ceux de 2018. Le système de certification des guides a eu le temps de relever le niveau de base. Nous avons croisé des guides qui avaient les données de l’OVSICORI sur leur téléphone et savaient répondre avec exactitude à des questions pointues sur l’histoire éruptive.

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L’histoire de la faune

La régénération de la forêt secondaire se traduit par une présence animale accrue aux abords immédiats du volcan par rapport à il y a cinq ans. Nous avons entendu des singes hurleurs sur le sentier Arenal 1968, ce qu’on nous avait donné pour peu probable dans les champs de lave les plus récents. Notre guide nous a expliqué que les singes étendaient leur territoire vers la zone de régénération à mesure que la canopée se refermait.

Des capucins à face blanche étaient visibles en bordure du sentier du parc national ; peu impressionnés par notre petit groupe, ils se déplaçaient dans la canopée avec la désinvolture d’animaux totalement habitués aux touristes armés de jumelles. Une grenouille de verre, l’une des créatures les plus photogéniques et les plus improbables du Costa Rica, a été repérée sous une feuille, près d’un petit ruisseau qui traversait le sentier.

Dans la zone du lac, au nord de la ville, la zone de transition entre forêt sèche (côté Guanacaste) et forêt humide (côté Arenal) offrait une liste d’espèces que les ornithologues de notre groupe ont trouvée extraordinaire : toucans, trogons, plusieurs espèces de tangaras et, brièvement, un grand tinamou au sol que notre guide a repéré avant que nous comprenions ce que nous avions sous les yeux.

Où observer cette régénération par vous-même

Si l’histoire de la succession vous intéresse autant que le volcan lui-même, les ponts suspendus de Místico vous font traverser la canopée de la forêt en régénération à un rythme plus lent qu’un sentier au niveau du sol, avec de bonnes chances d’apercevoir les mêmes troupes de singes hurleurs que nous avons entendues. Pour comparer une jeune forêt volcanique à une véritable forêt ancienne, les réserves de forêt de nuage autour de Monteverde, jamais touchées par l’événement de 1968, montrent ce que donnent plusieurs siècles de succession sans perturbation. Le contraste entre les deux, parcourus l’un après l’autre, est l’une des expériences les plus instructives de cette région du pays.

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Préparer votre propre retour au volcan

Si notre voyage vous donne envie d’en organiser un, quelques pages complémentaires vous aideront. Pour comprendre la science derrière la phase de repos, comprendre l’activité volcanique du Costa Rica explique comment fonctionne la surveillance et ce que « actif » signifie vraiment. Si vous hésitez entre l’Arenal et d’autres cônes, Arenal, Poás ou Irazú expose les avantages et inconvénients de chacun, et Arenal ou Rincón de la Vieja fait de même pour le côté Guanacaste.

Les sources chaudes méritent leur propre réflexion. Notre aperçu des sources chaudes de l’Arenal et la comparaison directe Tabacón, Baldí ou Eco Termales détaillent les différences que nous n’avons fait qu’esquisser ci-dessus. Pour les photographes qui espèrent saisir le cône par un matin dégagé, nos conseils de photographie de volcans valent la peine d’être lus avant votre arrivée.

La faune est l’autre raison de revenir. Les espèces de singes du Costa Rica vous aideront à distinguer les hurleurs des capucins, et l’éthique de l’observation de la faune explique comment profiter d’animaux habitués à la présence humaine sans leur nuire. Si vous préférez consacrer vos heures d’activité à l’eau et aux canyons, le canyoning à l’Arenal est le point de départ idéal, et l’itinéraire de 7 jours Arenal et Manuel Antonio montre comment intégrer le volcan dans un parcours plus large.

Ce que 14 ans de calme ont produit

Le bilan honnête de notre visite d’avril 2024 : la phase de repos de l’Arenal a été bénéfique pour la montagne, pour la forêt et pour la faune. Elle ne l’a pas été pour ceux qui se souviennent d’avoir regardé les coulées de lave depuis les terrasses des hôtels ; cette expérience-là n’est plus possible et ne l’est plus depuis quatorze ans.

Ce qui l’a remplacée est une histoire plus complexe : un paysage volcanique qui se répare activement, une forêt secondaire en succession rapide, un dispositif de surveillance scientifique vraiment excellent, et une communauté de guides qui a eu le temps de développer une lecture mûre d’un volcan qui ne se donne pas en spectacle pour l’instant, mais qui n’en a pas fini.

Le cône par un matin dégagé, ce qui exige d’être aux points de vue dès 7 h avant l’arrivée des nuages, est aussi spectaculaire que jamais. Le panache de vapeur est visible. La silhouette est parfaite. L’échelle donne le vertige.

Nous réservions déjà notre prochain retour avant d’arriver à San José.

Pour le guide pratique de la région de l’Arenal (sentiers actuellement ouverts, accès aux meilleurs points de vue, comparaison des sources chaudes), consultez notre guide de la destination La Fortuna, notre guide du parc national du volcan Arenal et notre tour d’horizon pour voir les éruptions de l’Arenal (ou, honnêtement, pourquoi on ne peut plus guère les voir).